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Au Mali, l’Eglise fait bloc après les allégations de détournements de fonds


L’archevêque Jean Zerbo au stade Modibo Keïta de Bamako en mars 2012. CRÉDITS : LUC GNAGO/REUTERS

La Conférence épiscopale nationale n’a pas publié de communiqué officiel. Les trois prélats mis en cause se retranchent derrière une défense vague ou dans le silence.
La Conférence épiscopale du Mali (CEM) est dans la tourmente après les révélations, mardi 30 mai, d’un présumé détournement de fonds de plus de 7 milliards de francs CFA, soit 12 millions d’euros. Les trois principaux prélats du pays sont mis en cause, notamment Mgr Jean Zerbo, qui doit être créé cardinal par le pape François à la fin du mois de juin.

A Bamako, les préparatifs pour ce voyage au Vatican sont en cours, mais la réunion de mercredi matin à l’archevêché, petite bâtisse orange et blanche au bord du fleuve Niger, ont été perturbés par les révélations, la veille, du Monde Afrique et du site d’information en ligne Le Sahélien, reprises jeudi dans le quotidien malien Les dépêches du Mali. Un exemplaire dudit journal trône d’ailleurs sur la table de réunion, recouvert en partie par un livre religieux, La Liturgie des heures.

Les principaux protagonistes sont présents, notamment l’évêque Jean-Gabriel Diarra, qui avait jusque-là refusé de répondre aux questions des journalistes maliens. Au moment des faits, il était président de la CEM. Devant le ministre des affaires religieuses et du culte, qui a fait spécialement le déplacement, Mgr Diarra s’est montré un peu plus prolixe, affirmant qu’ils n’étaient « pas des truands ». Mais « nous ne sommes pas parfaits, concède-t-il. S’il y a des imperfections découvertes chez nous, nous allons chercher à les assumer. »

« Subir des pressions »

De son côté Thierno Ass Diallo, le ministre des affaires religieuses et du culte, s’est déplacé, accompagné d’une cohorte de journalistes de la télévision d’Etat pour réaffirmer son soutien au futur cardinal.

A sa sortie, le ministre a qualifié « d’idiotie » l’enquête réalisée par les journalistes maliens. « Continuez à poser vos questions financières, dit-il. Moi, en tant que ministre mais aussi en tant que croyant, je trouve ça sale et vil (…). Raconter ça à un moment où un homme est élu », c’est une manière « de le poignarder ».

Eludant les questions relatives à une possible enquête du parquet, le ministre poursuit sa diatribe avec une analogie acerbe en comparant les journalistes à « des judas » qui « torturent, blâment et font souffrir » Mgr Jean Zerbo. Du côté du ministère de la justice, on explique que le parquet est « totalement habilité » à se saisir d’une telle affaire « mais que ce n’est pas encore le cas pour l’instant ». Les principales questions soulevées dans l’enquête initiale subsistent : d’où provient cet argent, où est il actuellement et à quoi a-t-il servi ?

Monseigneur Jean Zerbo, lui, a refusé de répondre à nos questions, préférant « prendre le temps de réfléchir ». Mercredi en fin d’après-midi, la CEM n’avait toujours pas « terminé un communiqué de presse », se refusant à toute autre question.

Quant aux journalistes maliens à l’origine de ces révélations, ils n’étaient pas présents mercredi matin. Depuis la parution de leur enquête, ils disent « subir des pressions », sans vouloir nommer qui que ce soit et préfèrent « réduire leurs déplacements » en attendant que les choses se calment.

Le Monde Afrique

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