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672 millions de dollars pour éviter la famine dans la région du lac Tchad


Des femmes transportent des sacs de céréales distribués par le programme alimentaire mondial (PAM) dans le camp de réfugiés de Melia au Tchad, en mars 2016. CRÉDITS : WFP/MARCO FRATTINI

Quatorze pays se sont engagés à apporter une aide d’urgence au Nigeria et à ses voisins pour faire face à la plus grave crise humanitaire du continent. 2,3 millions de personnes ont dû quitter leur foyer après les attaques du groupe djihadiste Boko Haram.

C’est dans un ancien sanatorium perché sur une colline enneigée des environs d’Oslo que la catastrophe humanitaire en cours dans le bassin du lac Tchad et dans le nord-est du Nigeria est peut-être sortie de l’oubli. A l’initiative du gouvernement norvégien, de l’Allemagne et du Nigeria, la conférence des donateurs organisée vendredi 24 février s’est conclue par l’engagement de 14 pays à mobiliser 458 millions de dollars (433 millions d’euros) en 2017 et 214 millions les deux années suivantes pour apporter une aide aux 10,7 millions de personnes les plus affectées par le conflit né au Nigeria en 2009 avec l’insurrection du groupe djihadiste Boko Haram.

Si les besoins en 2017 sont estimés à 1,5 milliard de dollars, cette première collecte a néanmoins été jugée « très encourageante » par le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), Stephen O’ Brien. Les Européens, le Japon et la Corée du Sud ont été les seuls à répondre à l’appel. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont reporté leurs annonces.

Sept ans après les premières exactions commises par la secte et son expansion dans l’extrême nord du Cameroun, le sud du Niger et l’ouest du Tchad, la déstabilisation de la région où sévissait déjà une extrême pauvreté est totale. 2,3 millions de personnes ont dû fuir leur foyer. Parmi elles, une majorité de femmes et d’enfants traumatisés par les violences et les abus sexuels. Les agriculteurs ont abandonné leurs champs, les pêcheurs n’ont plus accès au lac, et l’intense commerce transfrontalier entre les quatre pays reste anéanti par l’insécurité.

Plus de 7 millions de personnes survivent avec un repas par jour, et chaque percée de l’armée nigériane dans les territoires jusqu’alors occupés révèle une situation plus grave encore. « Nous n’étions pas retournés à Banki [dans l’Etat de Borno] depuis deux ans. Nous y avons vu des cas de famine, témoigne Lise Fouquat, d’Action contre la faim. Le niveau de malnutrition des enfants y est sept fois supérieur au seuil d’urgence qui est associé à un fort risque de mortalité. » Ils découvrent aussi des villes en ruine où les écoles, les maisons, les centres de santé ont été pillés et détruits.

Crise dissimulée

« Gouvernements, agences des Nations unies, ONG et pays donateurs : nous avons collectivement tardé à reconnaître l’ampleur de la crise. La réponse militaire apportée contre Boko Haram l’a emporté sur les préoccupations humanitaires », ont admis les grandes ONG à Oslo dans un communiqué conjoint. Certaines ne se satisfont pas de ce mea culpa. « Ce n’est pas une crise oubliée mais une crise qui a été dissimulée par le gouvernement nigérian, affirme le représentant de l’une d’elles, qui préfère garder l’anonymat. Il lui a fallu du temps pour surmonter la honte de devoir admettre qu’une partie de sa population mourait de fin. »

La tenue de cette conférence est considérée en soi comme une victoire, mais les humanitaires savent qu’ils ont une autre bataille à livrer : parvenir à acheminer la nourriture, les vaccins, l’eau potable, dans les zones les plus reculées où les affrontements entre Boko Haram et les forces régulières se poursuivent. « Même en prenant des risques, l’accès aux populations les plus vulnérables reste très difficile voire impossible », constate Natalie Roberts, de Médecins sans frontières. Plusieurs pays donateurs et des représentants des Nations unies ont demandé au Nigeria et à ses voisins de respecter les « règles de la guerre » en permettant aux ONG de faire leur travail.

A Oslo, l’extrême urgence n’a pas masqué une interrogation plus profonde sur l’avenir de cette région délaissée depuis longtemps par les pouvoirs centraux et dont Boko Haram apparaît comme un avatar. « L’extrême pauvreté, la pression démographique, le changement climatique : nous avons devant nous les composants d’un désastre total, a rappelé le commissaire européen aux affaires humanitaires, Christos Stylianides. Le développement doit être notre ultime objectif. Sans développement, il n’y aura pas de paix durable ».

Le Monde Afrique

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