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Tinariwen et le désert, une histoire d’amour

Connu pour son blues du désert interprété sur les scènes du monde entier, le groupe de musique touarègue originaire du Mali et d’Algérie sortira son septième album en Février 2017. Un nouvel album qui porte deux noms : « ANHARAJ  » (« le voisinage ») et « ELWAN  » ( « les éléphants »)

La première partie du nouvel album (comme le précédent, “Emmar”) a été réalisée dans le désert des Mojaves aux Etats-Unis. Pour l’autre partie le groupe est allé travailler au Maroc, sur les dunes du désert de M’Hamid EL Ghislane dans la région de Zagoura, à l’extrême sud-Est du pays.Le désert des Mojaves et celui de M’Hamid El Ghislane rappellent aux musiciens leur terre natale, et en particulier le nord du Mali, où ils ne peuvent plus travailler à cause du conflit armé. C’est dans le silence de ces étendues désertiques qu’ils puisent leur inspiration.

Le groupe a été créé par Ibrahim Ag Lahbib, alias Abreibone, qui est l’actuel leader de notre troupe, et par deux autres musiciens, aujourd’hui décédés : Intayaden et Hassane. Ils se sont tous les trois connus dans le sud algérien, où ils s’étaient installés en 1963 avec leurs parents. Ibrahim Ag Lahbib a fini par y rencontrer feu Intayaden et feu Hassane. Quelques années plus tard, ils ont pris ensemble le chemin de la Libye pour prendre part à la rébellion et intégrer l’armée de Mouammar Khadafi à Tripoli. Le groupe a vu le jour en 1975 dans un camp militaire libyen.

D’autres artistes ont fini par rejoindre les fondateurs en 1981, au cours d’une formation militaire en Libye : Keddou ag Ossad, Mohamed ag Itlal, dit “ le Japonais” et Swayilim, qui ont beaucoup apporté au groupe. C’est aussi à cette époque, en 1983, que le groupe, véritable porte-voix de la cause touarègue a trouvé son nom : Tinariwen (“les déserts”)
Abdallah Ag Alhousseini, les a rejoint en 1987 à Tripoli. Nous l’avons interviewé.

Dune voices : Votre musique est connue pour ses textes métaphoriques sur la révolution menée en Azawad. Vous avez choisi dans les années 90 de troquer vos armes contre des guitares. Comment la musique peut-elle faire avancer la lutte ? En quoi est-elle plus efficace que les armes ?

Abdallah Ag Alhousseini : À ce jour, nous pensons que 70 % de nos messages sont passés à l’endroit de l’opinion publique, qu’elle soit locale ou internationale. La plupart des gens ont compris nos messages car notre musique nous l’avons apprise dans des conditions vraiment très difficiles. Cela a permis d’attirer l’attention.

Pour nous 90% des « Kel Tamashaght », qui est la vraie appellation des touaregs dans leur dialecte, savent également à quel point nous avons souffert en créant cette musique pour expliquer l’histoire de la rébellion touarègue.

Nous avons été les portes-voix de la cause touarègue sur de grandes scènes internationales puisque les politiciens touaregs ne sont pas nombreux dans le monde et ne sont pas présents dans les grands médias internationaux.

Dune Voices : Pensez-vous que l’état de l’Azawad puisse un jour être une réalité dans le nord du Mali ?

AAA : Chaque fois que je donne une interview je parle des touaregs de la Libye, du Mali, de l’Algérie et du Niger. Et je défends aussi leur cause.

Selon moi, tout cet espace occupé par les touaregs doit être considéré comme un seul et même état touareg et je pense que si un jour cet état est créé, il le sera dans tout le Sahara, pour tous les touaregs.
Dune voices : Comment voyez-vous votre avenir?

AAA : Le futur d’un groupe de musique comme le nôtre, qui vient du Mali, est très difficile à révéler car avec l’instabilité et l’insécurité que connaît notre territoire, il nous est impossible de retourner chez nous, à kidal et à Tamasna, pour réaliser les projets auxquels nous tenons.

Dunevoices : votre futur album a deux titres « ANHARAJ  » (« le voisinage ») et « ELWAN  » ( « les éléphants »). Pourquoi ces deux noms?

AAA : Ces deux noms tamasheq transmettent pour nous le même message car nous avons toujours cohabité dans la sérénité et la paix. Le nouvel album s’adresse ainsi en grande partie à toutes les communautés du Sahel et du Sahara, pour les inciter eux aussi à ne pas vivre un mauvais voisinage, avec des mauvaises conséquences qui se répercuteraient dans l’au-delà.

Donc cet album a tendance à schématiser les ethnies du Sahel comme des éléphants qui doivent s’accepter et vivre ensemble, comme on le fait dans les zones du Sahel. Là-bas les populations cohabitent avec de vrais troupeaux d’éléphants et il n’y a jamais eu d’incident entre ces animaux et les êtres humains, qui ils ont toujours su cohabiter. C’est en fait ça le sens de la métaphore en tamasheq.

Mohamed Ag Ahmedou

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