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En Allemagne, la colonisation occupe toujours une place très réduite dans les livres scolaires

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Courte période de l’histoire du pays, la colonisation est enseignée de manière critique en Allemagne, mais certains lui reprochent encore de perpétuer les stéréotypes racistes.

« La colonisation, quelle colonisation ? ironise Miriam, une Berlinoise de 32 ans. De mon temps, on apprenait à l’école que les colonies, c’était l’affaire des autres pays, pas la nôtre. » Si les temps ont – heureusement – bien changé depuis, la colonisation allemande occupe toujours une place très réduite dans les manuels. Au programme des élèves de seconde et première (âgés d’environ 15 ans), trois à quatre pages des livres scolaires tout au plus lui sont consacrées, au milieu de la quinzaine abordant la colonisation mondiale.

Une démarche européenne

À partir de 1884, l’Empire allemand mettait pourtant la main sur une partie importante du continent africain, s’étendant sur l’actuelle Namibie, le Cameroun, le Togo, le Rwanda, le Burundi et une partie de la Tanzanie. Sa superficie, bien qu’inférieure à celle des empires coloniaux français et britanniques, était proche de celle des colonies belges ou italiennes. Ce à quoi s’ajoutaient la ville de Qingdao, en Chine, une partie de la Nouvelle-Guinée, dans le Pacifique, ainsi que l’archipel des Samoa.

Le fait que la colonisation soit peu traitée « tient à deux particularismes majeurs, explique Étienne François, professeur d’histoire à l’Université libre de Berlin : elle est beaucoup plus tardive et s’est terminée beaucoup plus tôt ». En effet, dès 1919 et la signature du traité de Versailles, qui entérine la capitulation de l’Allemagne à l’issue de la Première Guerre mondiale, le pays est obligé de rendre ses territoires aux vainqueurs, qui se les partagent. L’Allemagne n’a donc possédé des colonies que pendant trente-cinq ans.

De fait, les programmes scolaires insèrent cette période dans le chapitre « Impérialisme et Première Guerre mondiale ». Dans ce cadre, elle est toujours vue comme un projet européen, la volonté de l’Allemagne étant de ne pas se faire distancer par ses concurrents dans la course à la globalisation à la fin du XIXe siècle. La plupart des photos et images présentées dans les manuels proviennent donc surtout des colonies françaises, anglaises ou belges. Cette perspective minimise la responsabilité du pays, qui n’aurait fait que suivre le mouvement.

Génocide

En revanche, « la colonisation est toujours enseignée de manière très critique », poursuit Étienne François. Un phénomène qui s’est encore amplifié depuis le travail sur le génocide des Hereros et des Namas en Namibie et la reconnaissance de la responsabilité de l’Allemagne en 2015.

Ainsi, le manuel d’histoire Geschichte und Geschehen Oberstufe propose cet exercice : « Sous la colonisation allemande aussi, il y eut de terribles crimes. Le génocide des Hereros et des Namas en 1904 en fait partie. Cent ans plus tard se pose encore la question du travail sur ce passé colonial. Étudie la position et l’argumentation du président allemand Roman Herzog (1994-1999) quand il refusait encore de reconnaître la responsabilité de l’Allemagne dans ce génocide. »

« Ce massacre est aujourd’hui interprété comme une répétition générale de l’Holocauste, et il est vu à ce titre de manière très négative, argumente Étienne François. Il a donc totalement jeté le discrédit sur la colonisation allemande. »

Gwénaëlle Deboutte

Jeune Afrique

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